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Le deuil amoureux : mon cheminement à travers ses 7 étapes

Depuis que nous avons posé ensemble les mots de la fin, quelque chose s’est lentement effondré en moi. Ce n’était pas une surprise, pas vraiment, et pourtant…
Dire « c’est fini » après vingt ans, même d’un commun accord, c’est comme traverser un pont que l’on a soi-même décidé de brûler derrière soi. On sait que c’est nécessaire, on le choisit avec lucidité, mais chaque pas en avant résonne comme un adieu.
On croit être préparé, et puis, sans crier gare, le cœur vacille. Parce qu’accepter une séparation par raison ne protège pas du chagrin. Parce qu’on peut décider de lâcher main dans la main, sans jamais être prêt à sentir ce vide arriver.

Comment aurais-je pu imaginer que notre amour, celui-là même qui avait résisté à tant d’épreuves, pouvait se briser ? Moi qui croyais en la force des engagements, voilà que je me retrouvais projetée dans un tourbillon émotionnel dont je n’avais jamais soupçonné l’existence. J’avais tellement lu et répété autour de moi que nous étions dans la tourmente, et que cette année serait celle de la fin d’un cycle de transformation… mais je n’aurais jamais imaginé que cela s’appliquerait aussi à mon couple. Je nous imaginais tous les deux, ensemble, face à la tempête, main dans la main, et non pas l’un contre l’autre…

Depuis ce moment, j’ai traversé plusieurs étapes, celles qu’on appelle communément les 7 phases du deuil amoureux. Je viens seulement d’en prendre conscience, et savoir un peu plus où j’en suis m’aide à rester debout.

Aujourd’hui, je suis arrivée à la cinquième étape — celle de la résignation — et pour la première fois depuis longtemps, je respire autrement. Plus légère. Pas guérie complètement, non. Mais consciente que quelque chose s’est mis en mouvement en moi. Quelque chose de profond, de nécessaire, d’inévitable.

Étape 1 : Le choc et le déni

J’ai toujours affirmé à qui voulait l’entendre que je ne réagissais jamais à chaud, ce qui m’a souvent permis de garder mon calme dans des situations difficiles. Cette fois encore, semble-t-il, j’ai fait preuve de retenue : j’ai préféré enfouir ma tête dans le sable, pendant des années, plutôt que d’affronter ce qui me semblait impossible. Je n’ai pas voulu voir. Je me suis tue, par peur de contempler la spirale infernale dans laquelle je m’étais laissée embarquer. Et j’ai ressenti une culpabilité immense, mêlée à une profonde impuissance.

Puis, il y a quelques mois, j’ai brusquement pris conscience de la profondeur de l’abîme dans lequel je me trouvais : loin du soleil, de la lumière et de la chaleur. Mon esprit refusait d’intégrer cette réalité nouvelle. J’étais là, présente physiquement, mais mentalement absente. Comme si je regardais ma propre vie depuis une bulle étanche. Impossible de pleurer, impossible de comprendre. Juste une douleur sourde, lointaine, incompréhensible.

Il était passé à autre chose, à une autre personne, à d’autres objectifs. Sans moi. Je n’étais plus au centre de son existence, même si lui était toujours au cœur de la mienne.

Étape 2 : La colère

Quand le déni a fini par s’effacer, la colère a surgi. Brute. Impérieuse. Elle a pris mille visages. Contre lui, contre moi, contre cette vie qui m’avait trompée. « Comment as-tu pu me faire ça ? Après tout ce que nous avons vécu ? » Ces phrases résonnaient en boucle dans mon crâne. Parfois, elles sortaient sous forme de larmes. D’autres fois, sous forme de cris étouffés dans l’oreiller. Un soir, je suis allée hurler ma rage dans le jardin.

J’étais révoltée par l’injustice et l’incompréhension de la situation. J’y avais tellement cru, j’avais tellement donné, avec plaisir, avec amour, avec intensité ; j’étais fière de ce que nous avions construit ensemble : une grande et magnifique famille, une belle maison, un patrimoine immobilier… le tout ponctué d’extraordinaires opportunités comme notre participation à l’Armada de Rouen, ou notre voyage en Inde. C’était magique, et ça valait bien toutes les difficultés traversées.

Et aujourd’hui, tout cela semblait s’effriter, comme si ces souvenirs n’avaient plus aucun poids face à l’immensité de la rupture.

Étape 3 : Le marchandage

Le marchandage, c’est cette tentative désespérée de négocier avec soi-même, avec ses certitudes, avec la Vie. Une phase épuisante. « Et si je changeais cela ? Et s’il m’aimait encore, mais n’arrivait pas à le dire ? Et si je me trompais ? Et si… » Je me suis surprise à imaginer tous les scénarios possibles, à les vivre mentalement un à un. À me poser des questions sur ce qui aurait dû ou pu se passer si…

Mais je sais bien, au fond, que ce qui arrive doit arriver, sinon cela n’arriverait pas. Cette idée, pourtant vraie, n’est d’aucun réconfort, car elle appuie précisément là où la douleur est la plus vive.

Après mon AVC, j’avais senti intuitivement que nos chemins s’éloignaient, et j’avais pressenti qu’ils continueraient dans ce sens. Mais je pensais qu’il serait possible de cheminer parallèlement, sans que cela entache notre incroyable relation.

Je me disais alors : « La Vie nous envoie cette épreuve pour que nous la traversions ensemble… » sans prendre en compte le fait qu’il y avait déjà quelqu’un d’autre dans sa vie, et que ni lui ni moi ne pouvions revenir en arrière.

Étape 4 : La tristesse

Et puis est venue la tristesse. Vraie. Entière. Celle qui vous prend dans les bras et vous serre si fort que vous ne pouvez plus respirer. Moi qui ne suis absolument pas émotive (ce qui a souvent été un sujet de plaisanterie), j’ai senti les larmes rouler sur mes joues, chose qui ne m’était pas arrivée depuis longtemps.

Les nuits devenaient interminables, je dormais peu, les journées étaient grises et ternes. Même les moments joyeux autour de moi semblaient appartenir à un monde lointain. J’ai pleuré, beaucoup. Trop. Jusqu’à ce que les larmes ne soient plus qu’un filet. Jusqu’à ce que le silence remplace les sanglots.

La tristesse n’est pas violente comme la colère. Elle est pesante, enveloppante. Elle s’installe dans chaque geste, chaque parole. Elle transforme les souvenirs en fantômes qui hantent vos nuits. Mais elle est aussi une étape nécessaire, parce qu’elle marque le début du détachement.

Étape 5 : La résignation

C’est ici que je suis aujourd’hui. Dans cette phase subtile qu’on appelle la résignation. Ce mot peut paraître dur, presque désespéré. Mais il n’en est rien. La résignation, ici, n’est pas renoncement. C’est plutôt une paix fragile qui pointe timidement son nez. C’est accepter intellectuellement que rien ne sera comme avant. C’est reconnaître que la douleur fait partie de moi, mais qu’elle ne me définit pas entièrement. C’est aussi recommencer à prendre soin de soi, à sourire parfois, sans culpabiliser.

Je sais que je dois encore traverser l’acceptation véritable, puis la reconstruction. Mais déjà, je sens que quelque chose en moi se redresse. Que mes racines, bien que secouées, tiennent bon. Que la tempête, peu à peu, s’apaise, même si je pleure encore régulièrement.

Il y a quelques jours, j’ai suivi une séance de kinésiologie avec Loïc Barrois, un kinésiologue absolument extraordinaire et un ami, qui m’aide à accepter cette situation, et à avoir envie d’aller de l’avant. Bien sûr, je sais que ça ne sera pas linéaire, que je traverserai encore des crises de tristesse et de colère… mais me me sens déjà mieux.

Étape 6 : L’acceptation

Je ne suis pas encore là. Pas tout à fait. Mais un jour viendra où je poserai mon regard sur ces années passées sans que la douleur surgisse aussitôt. Où je prononcerai son nom sans que ma poitrine se serre. Où je me souviendrai non pas avec colère ou tristesse, mais avec une forme de tendresse recueillie.

L’acceptation… Ce mot me semble si lointain parfois. Presque inaccessible. Et pourtant, je sais qu’elle viendra. Peut-être un matin calme, dans le silence d’une autre maison, qui ne portera pas les échos de notre vie partagée. Elle s’installera sans bruit, comme un rayon de soleil qui filtre à travers les rideaux après plusieurs jours de pluie. Je sentirai alors que quelque chose a changé en moi. Que je n’ai pas oublié, non. Mais que je ne cherche plus à fuir ce qui est.

Ce sera le jour où je comprendrai — vraiment — que cette histoire a eu lieu, qu’elle a été belle à sa manière, et qu’elle appartient désormais au passé. Et que la vie continue. Malgré tout. Parce que c’est cela, vivre.

Étape 7 : La renaissance

Un jour, je me réveillerai avec l’envie de faire autre chose que pleurer. Un jour, je remettrai mes mains dans la terre, simplement pour voir pousser quelque chose. Un jour, je retrouverai le goût d’écrire, de danser, de rêver. Pour moi seule.

La reconstruction, je la sens tapie derrière la douleur, comme une promesse fragile mais tenace. Elle n’est pas effacer, mais construire à côté. Redécouvrir qui je suis quand il n’est plus là. Apprivoiser à nouveau mes envies, mes désirs, mes passions. Retrouver ma voix. Mon rythme. Mon bonheur, peut-être.

Elle viendra, cette phase-là aussi. Avec elle, l’envie de m’habiller pour moi, de sourire sans culpabiliser, de marcher dans la lumière sans avoir peur de l’ombre qui suit mes pas. Elle viendra avec des gestes simples : reprendre un livre abandonné, choisir une nouvelle plante, ou l’envie de sortir avec des amis.

Et puis, un jour, je me regarderai dans le miroir, et je reconnaîtrai celle que je suis devenue. Pas celle d’avant. Ni celle d’avec lui. Mais une femme nouvelle. Plus consciente. Plus entière. Plus libre.

Et vous, où en êtes-vous de votre cheminement ? Si cette traversée vous parle, n’hésitez pas à partager vos ressentis, vos étapes, vos petites victoires… Nous sommes tous, à un moment ou un autre, passés par là. Ensemble, on avance plus légèrement.

Sachez seulement ceci : il y a une lumière au bout. Elle n’est pas aveuglante, elle ne vient pas tout de suite. Mais elle existe.

Et quand elle arrive, elle n’est pas une promesse de bonheur immédiat. Elle est une promesse de paix possible. D’une vie qui reprend son cours. D’une âme qui guérit, lentement mais sûrement.

Et c’est peut-être là, dans cet espace fragile entre douleur et espoir, que l’on découvre qui l’on est vraiment. Au-delà de l’amour perdu, au-delà du couple brisé. Dans la vérité de soi. Et dans la grâce infinie de pouvoir recommencer.

Si cette traversée vous a touché(e) ou si elle résonne avec ce que vous vivez, n’hésitez pas à partager cet article autour de vous. Parfois, une lecture au bon moment peut éclairer un chemin, apaiser une peine, ou simplement dire à quelqu’un qu’il n’est pas seul.

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